Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 11, 1904.djvu/308

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L’ÉCOLE

D’autre part, dans la presse périodique, il est son propre avocat, le plus véhément, le plus hautain, le plus puissant des polémistes ; longtemps, dans le Moniteur, il a dicté lui-même des articles qu’on reconnaît au style ; après Austerlitz, le temps lui manque pour en faire, mais il les inspire tous, il les fait rédiger par des sous-ordres. Dans le Moniteur et dans les autres gazettes, c’est sa voix qui, directement ou par des porte-voix, arrive au public ; elle y arrive seule, et l’on devine ce qu’elle y apporte. Les acclamations officielles de tous les corps ou autorités de l’État viennent encore enfler l’hymne unique, perpétuel, triomphal, adulatoire, qui, par son insistance, son unanimité, ses sonorités violentes, doit tout ensemble assourdir les esprits, hébéter les consciences, et pervertir tout jugement. « Quand on pourrait douter, dit un membre du Tribunat[1], si c’est le ciel ou le hasard qui donne des souverains à

  1. Moniteur, 1er janvier 1806 (Tribunat, séance du 9 nivôse an XIV, discours de MM. Albisson et Gillet. — Sénat, discours de MM. de Pérignon, Garat, de Lacépède.) — Dans les numéros suivants on trouvera les adresses des municipalités, mandements des évêques et odes des poètes sur le même sujet. — En fait d’enthousiasme officiel, voici deux beaux traits. (Débats, 29 mars 1811.) « Le Conseil municipal (de Paris) a pris une délibération pour voter une pension viagère de dix mille francs à M. de Gevers, second page de Sa Majesté, qui avait apporté à l’Hôtel de Ville l’heureuse nouvelle de la naissance du roi de Rome… Tout le monde a été charmé de sa grâce et de sa présence d’esprit. » — Faber, Notices sur l’intérieur de la France, 25. « Je connais une ville assez considérable qui s’est cru obligée de ne pas allumer ses réverbères en 1804, parce qu’elle avait fait voyager, aux frais de la commune, son maire à Paris pour voir couronner Bonaparte. » …