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LA RÉVOLUTION


prenne en toute sécurité de conscience : ce n’est pas une aumône, mais « une indemnité » que nous lui apportons ; nous ménageons sa fierté en pourvoyant à son bien-être, et nous le soulageons sans l’humilier. « Nous laissons les travaux de charité aux monarchies ; cette manière insolente et vile d’administrer les secours ne convient qu’à des esclaves et à des maîtres : nous y substituons la manière grande et large des travaux nationaux ouverts sur tout le territoire de la République[1]. » — D’autre part, nous faisons dresser dans chaque commune « l’état des citoyens sans propriété aucune », et « l’état des biens nationaux non

    sur les moyens d’indemniser tous les malheureux avec les biens des ennemis de la Révolution. »

  1. Moniteur, XIX, 484 (Rapport de Barère, 21 ventôse an II). — Ib., XX, 445 (Rapport de Barère, 22 floréal an II). — Décrets sur les secours publics, 28 juin 1793, 25 juillet 1793, 2 frimaire et 22 floréal an II. Au reste, le principe était proclamé dans la Constitution de 1793. « Les secours publics sont une dette sacrée ; la société doit la subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler. » — Archives nationales, AF, II, 37. Le caractère de cette mesure est exprimé très nettement dans la circulaire suivante du Comité de Salut public aux représentants en mission dans les départements, ventôse an II : « Un grand coup était nécessaire pour terrasser l’aristocratie. La Convention nationale a frappé. L’indigence vertueuse devait rentrer dans la propriété que les crimes avaient usurpée sur elle. La Convention nationale a proclamé ses droits. Un état général de tous les détenus doit être envoyé au Comité de Sûreté générale chargé de prononcer sur leur sort. Le Comité de Salut public recevra le tableau des indigents de chaque commune pour régler l’indemnité qui leur est due. Ces deux opérations demandent la plus grande célérité et doivent marcher de front. Il faut que la terreur et la justice portent sur tous les points à la fois. La Révolution est l’ouvrage du peuple ; il est temps qu’il en jouisse. »