Page:Taine - Les Origines de la France contemporaine, t. 7, 1904.pdf/63

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
55
LE GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIRE


leur supplice, qu’elle reprenne et poursuive leurs attentats, qu’elle remette leurs complices en place, qu’elle les fasse omnipotents, qu’elle courbe chaque cité rebelle sous la domination de sa populace et de ses malfaiteurs. Peu importe que les Jacobins y soient en minorité, qu’à Bordeaux ils n’aient pour eux que quatre sections sur vingt-huit, qu’à Marseille ils n’aient pour eux que cinq sections sur trente-deux, qu’à Lyon ils ne puissent compter que quinze cents fidèles[1]. Les suffrages ne se comptent pas, ils se pèsent ; car le droit se fonde, non sur le nombre, mais sur le patriotisme, et le peuple souverain ne se compose que des sans-culottes. Tant pis pour les villes où la majorité contre-révolutionnaire est si grande : elles n’en sont que plus dangereuses ; sous leurs démonstrations républicaines se cache l’hostilité des anciens partis et des classes suspectes, modérés,

    Jourdain pendus en août 1789 ; annulation de la procédure commencée contre les auteurs du massacre de Melun en septembre 1792 et élargissement des accusés. — Cf. Albert Babeau (I, 277). Réhabilitation et, de plus, indemnités distribuées en messidor an II aux émeutiers et assassins condamnés à propos de l’émeute du 9 septembre 1789 à Troyes, ou à leurs parents. — Archives des affaires étrangères, tome 331 (lettre de Chépy, Grenoble, 8 frimaire an II) : « Le tribunal et le jury criminel du département viennent de s’élever à la hauteur des circonstances : ils ont acquitté des brûleurs de châteaux. »

  1. Mortimer-Ternaux, VIII, 293 (députation des 24 sections de Bordeaux à la Convention, 30 août). — Buchez et Roux, XXVIII, 494 (Rapport des représentants en mission dans les Bouches-du-Rhône, 2 septembre). — Ib., XXX, 386 (Lettre de Ronsin, commandant de l’armée révolutionnaire à Lyon) : « Une population de 120000 âmes… Il n’y a pas dans tout cela, non pas même 1500 patriotes, mais 1500 personnes que l’on puisse épargner. » — Guillon de Montléon, I, 355, 374 (Signatures de 20000 Lyonnais de toutes les classes, 17 août 1793).