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PEAU-D’ÂNE


« Plainte ou regrets, toujours même langage,
Dira le monde ! Est-ce donc que le temps
Ride l’esprit même avant le visage ! »
Ne lassons point le plus fier des sultans !
À son caprice, hélas ! tient notre vie :
Amusons-le ! malheur à qui l’ennuie !
Après un somme, en tout loisir goûté,
Avant les soins où le jour le condamne,
De Sa Hautesse, un conte de Peau-d’Âne
Peut-être aura l’honneur d’être écouté.

— Peau-d’Âne ! À moi, dit-il, ces vieilleries !
Cent fois et plus n’ai-je pas lu Perrault ?
Du neuf ! du neuf ! — Trêve de railleries ;
Ami Sultan, parlez un peu moins haut !
Du peuple, auteur plus fécond que Voltaire,
Le bon Perrault n’est que le secrétaire ;
Sa fable, étoffe aux chatoyans replis,
Prête au génie une robe connue,
Et bien souvent, honteuse d’être nue,
La vérité se cache entre ses plis.

Vous souvient-il des jours de votre enfance,
Objet constant de regrets superflus,
Si chers, si purs, si doux, quand on y pense,
Si beaux enfin, quand nous n’y sommes plus !
Car le bonheur, dans l’humaine carrière,
Marche toujours ou devant ou derrière ;
La même loi toujours nous le défend ;
On le regrette, on l’attend, on le nomme !