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PEAU-D’ÂNE


Quand sous ses yeux ce chef-d’œuvre s’étale,
L’Infante admire et pleure tour à tour,
N’osant nier la semblance fatale :
C’était l’éclat du ciel par un beau jour.
« — Ô ma marraine ! au roi qu’allons-nous dire ?
» — Bon ! qu’il n’est fille ou femme en son empire
» Qui se voulût contenter de si peu,
» En fait de robe, et qu’il vous en doit une
» Plus belle encor. — Comment ? — Couleur de lune.
» Qu’il vous l’accorde, et nous verrons beau jeu. »

Le roi soumet la requête nouvelle
À ses tisseurs, esprits fort inventifs,
En ajoutant, pour stimuler leur zèle :
« Réussissez, ou sinon, roués vifs ! »
Qui veut aux gens demander l’impossible
Fait bien d’abord de se montrer terrible :
Plus d’un grand nom peut m’en être témoin.
Grâce sans doute à ce ton formidable,
La robe fut de tout point admirable :
N’oubliez pas la recette au besoin.

Cette merveille en triomphe est portée
À la princesse, et quoi qu’elle eût d’ennuis,
Aux doux reflets de l’étoffe argentée,
Elle rêvait le calme frais des nuits.
« — Vraiment, vraiment, dit la fée en colère,
» Notre bon roi tient si fort à vous plaire,
» Qu’on peut risquer un souhait sans pareil ;
» Un jour de noce, à ce qu’on se figure,