Page:Taxil, Mémoires d'une ex-palladiste parfaite, initiée, indépendante.djvu/74

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combien est calculé le choix de telles expressions, ont bien compris qu’il y avait autre chose, et ils me l’ont écrit. Dans leurs lettres, ils me donnaient déjà le nom de Jeanne, quoique je n’eusse fait aucune allusion à mon baptême.

Pourtant, il avait eu lieu, le 15 juin, mais dans des conditions qui manquaient de régularité ; de là, mon silence. Néanmoins, je certifiai le fait en conclusion d’une lettre ; elle a été publiée ailleurs, il y a un mois.

Il est nécessaire de reproduire ici ces derniers passages de ma lettre.


« Oui, j’étais transformée, écrivais-je à un ami catholique ; mais il y a eu plus que ce que j’ai laissé savoir. J’ai beaucoup hésité avant d’écrire ce qui va suivre ; j’hésite encore. Cependant, s’il y a faute en ce qui a été fait, la personne fautive a été admonestée par son directeur de conscience, sans être absolument blâmée dans le sens rigoureux du mot. Le secret a été promis, de part et d’autre, sur les noms : je ne le trahirai pas ; mais je crois que je dois parler.

» Voici ce qui s’est passé :

» Après le dîner qui me fut servi, le 15 juin, au couvent, dans la chambre de pensionnaire qui m’avait été donnée pendant mon court séjour, je dis à la supérieure et à la religieuse, amie d’une de mes parentes, qu’il me fallait songer à mon départ, pour me mettre au travail, pour engager le combat par la plume contre le roi du mal.

« Alors, des supplications. Je réussis, néanmoins, à faire comprendre l’impossibilité pour moi d’établir ma résidence au couvent, pendant que j’écrirais mes Mémoires ; j’expliquai qu’il ne suffisait pas d’écrire, et qu’il y avait certaines allées et venues indispensables pour les personnes m’entourant ; je dis quelles dispositions j’avais prises. Les deux saintes femmes se rendaient bien compte que j’avais raison ; mais elles n’en étaient pas moins désespérées à mon sujet. Ce n’était pas pour mon âme qu’elles craignaient, non ; elles me voyaient dans la meilleure voie possible. Elles redoutaient ma mort : il leur semblait qu’à peine hors de chez elles j’allais être reconnue, suivie par des émissaires de Lemmi, assassinée.

» Rien ne justifiait ces appréhensions. Toutes mes mesures avaient été de premier ordre ; personne ne pouvait soupçonner ma présence dans la ville. Mais la supérieure et mon amie sur ce point ne voulaient rien entendre. Dans leur terreur exagérée, elles se disaient, devant moi : « Ah ! si M. l’aumônier était là !… Ah ! si cette chère enfant ne nous avait pas fait promettre d’être ses seules confidentes !… Ah ! quel malheur si elle venait à être assassinée !… Mourir ainsi, sans avoir reçu le baptême !… Ah ! quels regrets nous aurions toujours ! quels remords ! »

» Elles me supplièrent de retarder mon départ d’un jour encore ; cela m’était impossible. Soumettre le cas à l’aumônier ? j’eus le tort d’être inflexible. « Non, chères bonnes sœurs, disais-je ; vous me demandez d’étendre aujourd’hui la confidence à une troisième personne ; demain,