Page:Taxil, Mémoires d'une ex-palladiste parfaite, initiée, indépendante.djvu/141

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l’importance, me sauront gré d’être précise, ce qui permet le contrôle, et de donner des preuves, chaque fois que cela m’est possible.

Il ne faut pas, en effet, mêler les questions ; surtout, parce que les fabrications de rites variés et l’orgueil de certaines Loges ont créé un véritable chaos.

Lorsque la Franc-Maçonnerie eut fait son apparition officielle en 1717, il ne s’écoula pas un long temps avant que des innovateurs, soit par but de perfectionnement, soit par intrigue, voulussent se signaler dans une sorte de surenchère, chacun imaginant de nouveaux rites et de nouveaux grades. Le F∴ Ragon a compté que, jusqu’en 1860, il avait été créé, en Maçonnerie, cent quatre-vingt-treize rites ou ordres, comportant ensemble plus de quatorze cents grades[1].

Tous ces innovateurs rivalisèrent donc d’imagination, chacun pour rattacher son rite à quelque institution ancienne : c’est ainsi que les divers Écossismes ont adopté pour leurs hauts-grades la légende des Templiers ; il est d’autres rites qui se sont donnés comme ressuscitant les mystères de l’ancienne Égypte, etc. Mais ces rattachements et ces légendes se rapportent aux grades au-dessus de celui de Maître ; il importe de le bien remarquer. Bon nombre de ces innovateurs fabriquèrent donc des documents, à l’appui de l’antique origine qu’ils attribuaient à leur rite ; de là est venu ce chaos, ce dédale dans lequel il semble qu’on n’a, de nos jours, aucun fil conducteur.

Pourtant, puisque tous les rites maçonniques, quels qu’ils soient, posent leurs hauts-grades sur une seule base, — la trilogie des grades symboliques, Apprenti, Compagnon et Maître, — il n’est point nécessaire de réfléchir beaucoup pour comprendre que tous les grades maçonniques, en dehors de ces trois, sont uniquement des superfétations, et sont, par conséquent, de création postérieure aux trois degrés symboliques, en dépit de tous les prétendus documents.

Quand Albert Pike, pour les besoins de sa dispute contre le Rite Cernéau, a traité en quelques pages cette importante question des ori-

  1. La Fraternité de la Rose-Croix comporte 9 degrés d’initiation : 1er, Zelator ; 2e, Theoricus ; 3e, Practicus ; 4e, Philosophus ; 5e, Adeptus Minor, selon les cahiers de Valentin Andreæ, ou Adeptus Junior, selon les cahiers de Nick Stone (ce sont ces cahiers de Nick Stone qui censément furent brûlés en 1720 par le grand-maître Théophile Désaguliers, mais qui ne l’ont été aucunement ; transmis, à des Frères de confiance, Anglais, après la mort de Désaguliers, ils ont passé de mains sûres en mains sûres, jusqu’à la reconstitution de la Rose-Croix ; car l’association reconstituée existe actuellement en Angleterre, en Écosse, aux États-Unis et au Canada, et les cahiers des grades, rédaction de Nick Stone, sont aujourd’hui en dépôt chez le docteur W. W. W., demeurant Camden Road, à Londres, Suprême Mage de la Rose-Croix pour l’Angleterre, chez qui je les ai recopiés) ; 6e, Adeptus Major ; 7e, Adeptus Exemptus ; 8e, Magister Templi ; 9e, Magus.