Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/118

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faiblesse ou quelque hésitation de la part de son gendre, se leva sur-le-champ et quitta le cabinet dans le paroxysme de l’agitation. Lady Jane regarda son mari comme pour lui demander la permission de suivre sa mère afin de la consoler ; mais Pitt la retint du regard.

« Rassurez-vous, elle restera ; sa maison est louée à Brighton ; plus de la moitié de son revenu est dépensé d’avance, et une comtesse qui vit à l’auberge est une femme déconsidérée. Il y avait longtemps, ma chère amie, que j’attendais l’occasion de frapper ce coup nécessaire ; et maintenant, si vous voulez bien, nous allons reprendre notre dictée :

« Mon cher frère,

« Vous deviez pressentir depuis longtemps la douloureuse nouvelle que j’ai l’affliction de vous transmettre, etc., etc. »

En un mot, Pitt, placé par un coup du sort, ou plutôt grâce à son mérite, comme il en était lui-même convaincu, à la tête de la fortune qui avait excité la convoitise de tous ses proches, Pitt était résolu de traiter sa famille avec les plus grands égards et d’être bon prince avec elle. Il songeait à rétablir dans son antique splendeur la maison des Crawley, et l’idée d’être le chef de cette race illustre flattait singulièrement son amour-propre. Le premier emploi qu’il voulait faire de l’immense crédit que ses qualités transcendantes et sa nouvelle position allaient lui assurer dans le comté, devait être de procurer à son frère et aux cousins Bute un établissement digne d’eux. Peut-être était-il tourmenté par un secret remords à la pensée qu’il réunissait sous sa main tous ces biens, qui pour tant de gens avaient été l’objet de si belles espérances. Son règne datait à peine de trois ou quatre jours que déjà il n’était plus reconnaissable. Son plan de conduite était arrêté. Il était déterminé à se montrer juste et serviable, à secouer le joug de lady Southdown, enfin à se maintenir dans les meilleurs termes avec tous les membres de sa famille.

Telle était la disposition d’esprit dans laquelle il avait écrit sa lettre à son frère Rawdon, lettre pleine de dignité et de mesure, où les plus grands mots et les phrases les plus magnifiques enchâssaient les plus splendides pensées. Il y