Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/144

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si vous m’en croyez, Glorvina est la femme qu’il vous faut : vous êtes une espèce de marmot qui avez besoin d’être un peu secoué ; et puis Glorvina descend de l’illustre race des Maloneys et des Molloys, et, croyez-moi, ce sont là de nobles et anciennes familles avec lesquelles on doit s’estimer toujours très-fier de s’allier. »

Avant de s’attaquer au major Dobbin, les charmes conquérants de Glorvina s’étaient déjà essayés contre bien d’autres. Elle avait eu des amourettes avec tous les officiers à marier, avec tous les célibataires éligibles. À Madras, un capitaine, puis un nabab, étaient venus accroître le nombre de ses adorateurs, sans qu’aucun d’eux eût aspiré à un plus grand bonheur. Dans les fêtes de la présidence, Glorvina n’avait jamais manqué ni de danseurs ni de fidèles, mais ils s’en étaient tous tenus là et aucun n’avait poussé jusqu’au mariage.

Malgré les querelles qui se renouvelaient sans cesse et à tout propos entre lady O’Dowd et Glorvina, et qui vingt fois par jour auraient fait perdre patience à Mick, s’il n’avait été un véritable saint de bois, ces deux dames s’entendaient toujours dès qu’il s’agissait de marier le major Dobbin, et elles étaient résolues à ne point le laisser en paix qu’elles n’en fussent venues à leurs fins. Glorvina, poussée par ses défaites précédentes au courage du désespoir, soumit Dobbin à un siége en règle. Elle lui chantait sans relâche des ballades irlandaises, prenait son bras pour aller se promener sous les frais ombrages des bosquets de citronniers. Sa voix était si douce, ses gestes si pittoresques, que l’homme le moins sensible n’aurait pu y résister. À chaque instant elle demandait à Dobbin si le chagrin n’avait pas fané la fleur de ses jeunes années, et elle paraissait toujours prête à verser des larmes au récit des dangers et des expéditions militaires du major.

Nous savons déjà que l’honnête garçon s’amusait à jouer de la flûte pour son agrément particulier. Glorvina voulut à toute force qu’il l’accompagnât sur le piano, et lady O’Dowd se retirait discrètement et sans avoir l’air de rien, quand elle voyait les jeunes gens dans le feu de l’exécution. Glorvina exigea que le major l’escortât tous les matins à la promenade, et chacun pouvait assister à leur départ et à leur retour. Glorvina inondait le major de petits billets, lui empruntait ses livres, marquant à grands coups de crayon les passages où la passion s’exprimait avec