Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/206

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et la calomnie se charge du reste ; c’est toujours à l’innocence qu’elle s’attaque. Du reste, si vous le désirez, madame, je pourrais retrouver quelques petites anecdotes sur milady Bareacres qui vous prouveraient que vous auriez mauvaise grâce à y regarder de trop près.

— Frappez-moi plutôt, si tel est votre bon plaisir, monsieur ; les coups me seront moins sensibles que de telles injures, » reprit lady Gaunt.

Milord Steyne trouvait une satisfaction sans égale toutes les fois qu’il pouvait trouver l’occasion de torturer ainsi sa femme et sa fille.

« Ma toute belle, reprit-il, je suis gentilhomme, et, à ce titre, je ne porterai jamais la main sur une femme, si ce n’est toutefois pour la caresser. Je voulais seulement redresser certains petits travers de votre nature. Mesdames, vous êtes trop orgueilleuses et péchez singulièrement contre l’humilité chrétienne. Qu’est-ce que signifient tous ces grands airs ? de la douceur, de la modestie, s’il vous plaît, mes chères brebis. Demandez à lady Steyne, elle peut vous le dire, cette aimable mistress Crawley, si calomniée de toutes parts, est une femme parfaitement innocente, un modèle de vertu, entendez-vous ? Son mari n’a peut-être pas une fort bonne réputation ; mais, après tout, celle des Bareacres vaut-elle donc mieux ? Que direz-vous d’un homme qui ne paye jamais quand il perd, qui vous a dépouillée de l’héritage que vous deviez avoir, et qui vous a laissée sans le sou et à ma charge ? La naissance de mistress Crawley n’est pas brillante, mais il ne faudrait peut-être pas remonter bien loin pour trouver la nuit des temps dans laquelle se perdent les ancêtres de certaines personnes.

— Mais, milord, s’écria lady George, la fortune que j’ai apportée dans votre famille…

— Eh bien ! reprit le marquis avec un regard hautain et dur, c’est le prix auquel vous avez acheté une succession éventuelle : que Gaunt vienne à mourir et votre mari héritera de tous ses droits, vos enfants après lui, et qui sait où cela peut s’arrêter ? Ainsi donc, mesdames, ayez pour votre usage de la vertu, de la fierté tant qu’il vous plaira, mais, je vous prie, faites-moi grâce de ces airs-là. Quant à la réputation de mistress Crawley, je ne veux pas me faire, à moi, à cette irréprochable personne, l’injure de laisser supposer qu’il y a lieu de la