Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/243

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elle l’avait poussé déjà assez loin dans l’anglais, le latin et les autres connaissances que l’on pouvait exiger à cet âge-là ; mais les propositions libérales du marquis de Steyne ne laissaient point de place à la réplique. Sa Seigneurie était administrateur du fameux collége de Whitefriars, autrefois couvent de moines de l’ordre de Cîteaux.

Bien que Rawdon n’eût jamais étudié d’autre livre que l’Almanach des Courses, et qu’il n’eût conservé d’autres souvenirs de ses humanités que celui des coups de férule qu’il avait reçus dans sa jeunesse à Eton, il éprouvait néanmoins pour les études classiques ce respect qu’il convient à tout gentilhomme anglais de ressentir, et se réjouissait à la pensée que son fils allait se bourrer de science et mériter de trouver place quelque jour dans la famille des savants. Malgré sa tendresse excessive pour son fils, malgré les mille liens qui l’attachaient à Rawdy et lui faisaient trouver en lui une consolation et une société, le colonel cependant consentit en bon père, à se séparer de lui et à faire le sacrifice de ses affections, de son bonheur, au bien-être et aux intérêts de son fils. Hélas ! il ne mesura l’étendue du sacrifice qu’au moment de la séparation.

Après le départ du petit garçon, il fut pris d’une tristesse et d’un abattement qu’il aurait vainement cherché à dissimuler, et dont n’approchait point le chagrin de l’enfant, ravi de ce changement d’existence et des nouvelles amitiés qu’il se permettait de faire. Becky se mit à rire quand le colonel, dans son langage inculte et décousu, voulut exprimer la douleur que lui causait le départ de l’enfant. Le pauvre garçon en ressentit plus vivement encore la perte qu’il faisait ; plus d’une fois il lui arriva de jeter un regard de tristesse sur le lit abandonné où couchait le petit garçon. C’était le matin surtout qu’il souffrait le plus de la privation de son fils. En vain il essayait d’aller faire tout seul la promenade qu’il faisait jadis avec le petit Rawdy : il était vivement affecté de cet isolement. Son seul plaisir fut alors dans la fréquentation des gens qui avaient les mêmes sentiments de tendresse que lui pour son fils. Il allait passer de longues heures auprès de l’excellente lady Jane, et causait avec elle de la bonne mine et des mille qualités de cet enfant bien-aimé.

La tante aimait beaucoup le neveu, comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire, et sa fille n’aimait pas moins son cousin ;