Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/262

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


innocente ! lorsque tous ces bijoux que vous avez sur le corps, je les ai payés jusqu’au dernier ! vous innocente ! lorsque je vous ai compté plusieurs milliers de livres sterling que ce misérable partageait avec vous, et dont il a déjà mangé sa part ! Innocente ! oui, à la façon de votre mère, cette vertu d’Opéra, ou de votre escroc de mari. Ne croyez pas m’intimider, comme cela vous a réussi auprès de beaucoup d’autres. Allons, monsieur, laissez-moi passer ! »

Lord Steyne saisit en même temps son chapeau ; ses yeux lançaient des éclairs et jetaient à son ennemi des regards insultants. Il se dirigea en même temps vers Rawdon, ne doutant pas que ce dernier ne se hâtât de lui livrer passage.

Mais Rawdon, se précipitant sur lui, le saisit par la cravate, et lord Steyne à moitié suffoqué s’affaissa sur lui-même, sous la pression de cette vigoureuse étreinte.

« Vous mentez comme un chien, lui dit Rawdon ; vous mentez comme un lâche et un infâme ! »

Et en même temps, du revers de sa main, il frappa le noble pair sur les deux joues, et l’envoya, à quelques pas de lui, retomber tout sanglant sur le plancher. Tout ceci s’était fait avant même que Rebecca eût le temps de s’interposer. Malgré la crainte qui faisait fléchir tous ses membres, elle admirait cependant son mari dans sa vigueur, dans son énergie et dans son triomphe.

« Approchez, » lui dit Rawdon.

Aussitôt elle obéit.

« Retirez tout ceci. »

Elle se mit à défaire les bracelets qu’elle avait aux bras, les bagues qui garnissaient ses doigts ; sa main pouvait à peine les contenir ; alors elle leva les yeux vers son juge comme pour l’interroger du regard.

« Jetez-moi par terre tous ces bijoux du diable, » lui dit-il.

Elle les laissa tomber à ses pieds. Rawdon lui arracha encore la broche qu’elle portait au corsage, et la lança à la tête de lord Steyne. La broche fit au front du noble lord une large entaille dont il conserva la marque jusqu’à sa mort.

« Suivez-moi, dit Rawdon à sa femme.

— Ah ! ne me tuez pas, Rawdon, » lui dit-elle d’une voix suppliante.

Il se mit à ricaner d’un rire étrange et sauvage.