Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/280

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que probable le succès de mes démarches, lorsque ce coup pénible est venu renverser toutes nos espérances ; et, je ne crains pas de l’avouer, mon but principal était de mettre mon bien-aimé à l’abri de toutes poursuites, mon mari, que j’aime en dépit de tous ses soupçons, de ses durs traitements, mon mari que je voulais affranchir de la pauvreté et de la ruine suspendues sur nos têtes. Sachant quels étaient les sentiments de lord Steyne pour moi, continua-t-elle en baissant les yeux, j’avoue que je fis tout ce qui était en mon pouvoir pour lui plaire, bien entendu dans les limites permises à une honnête femme, afin de me mettre en crédit auprès de lui. Vendredi matin seulement est arrivée la nouvelle de la mort du gouverneur de Coventry-Island, et aussitôt milord s’est empressé de faire donner la place à mon mari. Je lui réservais cette surprise, il en aurait lu la nouvelle dans les journaux de ce matin. Au lieu de cela, au moment même où milord s’offrait généreusement à désintéresser les créanciers de mon mari, Rawdon est rentré à la maison et aveuglé par ses soupçons, il s’est livré contre lord Steyne à toute la violence de son caractère. Mon Dieu ! mon Dieu ! vous savez ce qui est arrivé. Ah ! mon cher Pitt, ayez pitié de moi, c’est vous qui aurez le mérite de me réconcilier avec mon mari. »

Alors Becky, se jetant à genoux, accompagnait ses paroles de larmes et de sanglots, et prenant la main de sir Pitt, la couvrait des baisers les plus passionnés.

Ce fut dans cette situation que lady Jane trouva le baronnet et sa belle-sœur lorsqu’au retour de l’église elle accourut tout droit au cabinet en apprenant que mistress Rawdon y était enfermée avec son mari.

« Je m’étonne que cette femme ait l’audace de passer le seuil de cette maison, » dit lady Jane pâle d’indignation et tremblante de colère.

Lady Jane, aussitôt après le déjeuner, avait envoyé aux renseignements sa femme de chambre qui avait eu des détails par Raggles et les autres gens de la maison. Ceux-ci lui en avaient raconté bien plus long encore qu’ils n’en savaient sur cette histoire ainsi que sur beaucoup d’autres.

« Mistress Crawley, continua lady Jane, s’est sans doute trompée de maison, car sous ce toit demeure une honnête famille. »