Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/374

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enfin il acheva la conquête de Dobbin en lui parlant des exploits en Belgique, du contingent de Poupernicle, commandé par le prince héréditaire, maintenant duc de Poupernicle.

La galanterie était, chez les Tapeworm, une vertu de famille ; aussi, leur digne représentant se persuadait-il que toutes les femmes sur lesquelles il daignait laisser tomber un regard devenaient aussitôt amoureuses de lui. Il quitta Emmy bien convaincu qu’elle était désormais fascinée par la force de son esprit et de ses séductions, et il se hâta de rentrer chez lui pour lui écrire un poulet des mieux tournés. Emmy, à vrai dire, ne se sentait nullement gagnée par l’admiration ; les grimaces, le babillage, le mouchoir parfumé, les bottes vernies et à haute tige de Tapeworm l’avaient d’abord étourdie, puis, enfin, lui avaient donné la migraine. Elle n’avait rien entendu à la moitié de ses beaux compliments. Avec le peu d’expérience qu’elle avait du monde, elle ignorait encore complétement ce que c’était qu’un homme à bonnes fortunes, et milord lui paraissait plus curieux encore qu’amusant. S’il n’excitait pas son admiration, il éveillait du moins sa surprise. Quant à Jos, il était plongé dans l’enchantement.

« Voilà un grand seigneur fort poli, disait-il. Voyez un peu jusqu’à quel point il pousse la prévenance ! Sa seigneurie n’a-t-elle pas été jusqu’à m’offrir de m’envoyer son médecin. Kirsch, vous allez de ce pas porter nos cartes chez le comte de Schlüsselback, j’aurais, ainsi que le major, un véritable plaisir à aller lui faire ma cour le plus tôt possible. Kirsch, sortez mon uniforme, nos deux uniformes, nous les mettrons pour cette visite ; c’est une marque de politesse à laquelle ne doit pas manquer un Anglais en voyage vis-à-vis du souverain dont il traverse les États, et des représentants de sa nation.

Le docteur de lord Tapeworm, M. Von Glauber, médecin ordinaire de son altesse le grand-duc, ne manqua pas de venir faire sa visite. Il n’eut pas de peine à persuader à Jos que les eaux minérales de Poupernicle et qu’un régime particulier auquel il offrait de le mettre ne pouvaient manquer de rendre au fonctionnaire du Bengale la vigueur et les roses de la jeunesse.

« Il est arifé ici, lui dit-il, l’an ternier, le chénéral Bulkeley, un chénéral anclais teux fois cros comme fou. Eh pien ! monsieu,