Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/377

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car elle compte trois notes de plus dans la voix, il n’en fallait pas davantage pour que le ministre français se jetât dans l’autre parti et se montrât toujours en opposition avec notre envoyé.

Tout le monde dans la ville était obligé de se ranger de l’un ou de l’autre côté.

Nous avions pour nous le ministre de la maison du grand-duc, son premier écuyer, son secrétaire particulier et le précepteur du jeune prince. Le parti français se recrutait du ministre des affaires étrangères, de la femme du général en chef qui avait servi sous Napoléon, du maréchal du palais et de sa femme, qui, enchantée de suivre les modes de Paris, avait toute espèce de renseignements à ce sujet par l’entremise du courrier d’ambassade de M. de Macabau. Le secrétaire de chancellerie était un petit de Grignac malin comme Satan, et qui avait dessiné la caricature de Tapeworm sur tous les albums de la localité.

Leur quartier général et leur table d’hôte étaient à l’hôtel de l’Éléphant, qui, avec celui des Princes, composait tout ce que Poupernicle avait d’établissements en ce genre. Tout en observant en public les plus strictes convenances, ces messieurs n’avaient garde, cependant, de s’épargner les épigrammes les plus mordantes. Tels on voit des lutteurs se couvrir de meurtrissures et de plaies sans que jamais l’expression de leur figure trahisse la souffrance physique.

Tapeworm et Macabau ne manquaient jamais d’assaisonner les dépêches qu’ils adressaient à leur gouvernement, d’attaques ou de récriminations contre un odieux rival. Notre résident, par exemple, écrivait à son gouvernement les lignes suivantes :

« L’intérêt de la Grande-Bretagne, dans ce pays comme dans le reste de l’Allemagne, restera compromis aussi longtemps que l’envoyé français qui se trouve ici sera maintenu à son poste. C’est un homme infâme, abominable, qui ne recule devant aucune scélératesse, et commettrait tous les crimes pour arriver à ses fins. Par de perfides insinuations, il cherche à pervertir l’esprit de la cour à l’égard des ministres de la Grande-Bretagne ; il s’efforce de présenter la conduite de notre gouvernement sous le jour le plus atroce et le plus odieux, et il est malheureusement approuvé par un ministre dont l’ignorance est aussi notoire que son influence est fatale. »