Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/379

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se risquer de même, et toujours prête à pousser un cri au moindre mouvement de la monture de George. Elle causait dans un coin de la voiture avec quelque blonde Allemande, tandis que Jos faisait un somme dans l’encoignure voisine.

Jos fut atteint de sentiments fort tendres pour la comtesse Fanny de Butterbrod, douce et tendre créature dont les parchemins établissaient parfaitement les droits aux titres de chanoinesse et de comtesse, mais qui, pour tout revenu, ne possédait qu’une somme de 250 livres par an. Fanny disait, à qui voulait l’entendre, qu’elle demandait au ciel, comme le plus grand bonheur, de devenir la sœur d’Amélia.

Jos aurait pu, de cette façon, mettre sur les panneaux de sa voiture et sur son argenterie la couronne et l’écusson de la comtesse. Lorsqu’au milieu de tous ces projets, survinrent de grandes réjouissances à l’occasion du mariage du prince héréditaire de Poupernicle avec la princesse Amélie de Hombourg-Schlippen-Schloppen.

La splendeur de ces fêtes rappela les prodigalités du règne de Victor XIV. Les princes, les princesses et les grands personnages du voisinage furent invités à y prendre part. Les lits montèrent au prix fabuleux, à Poupernicle, de 3 francs par nuit, et l’armée eut peine à suffire à tous les postes d’honneur qu’il fallut établir aux portes des excellences et des altesses qui arrivaient de tous côtés. La princesse avait été épousée par procuration, à la résidence de son père, par le comte de Schlüsselback. Quantité de tabatières furent données à cette occasion, ainsi que je l’ai appris d’un joaillier de la cour, qui, après s’être chargé de les vendre, se chargea aussi de les racheter. On envoya la plaque de l’ordre de Saint-Michel de Poupernicle à tous les grands dignitaires de la cour de la demoiselle ; tandis que les cordons et les croix de Ste-Catherine de Schlippen-Schloppen brillaient sur toutes les poitrines les plus considérables de Poupernicle. L’envoyé français reçut les deux décorations.

« Le voilà couvert de rubans comme un cheval de corbillard, disait Tapeworm, auquel, d’après les principes de son gouvernement, il était interdit de recevoir aucune décoration ; à lui les cordons, mais à nous la victoire. »

Le fait est que le parti britannique triomphait. Le parti français