Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/415

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nous, vous rendra aussi le vôtre, comme une providence miséricordieuse m’a fait retrouver le mien.

— Mon fils, mon enfant ?… Ah ! au fait, j’ai eu le cœur déchiré par de bien cruelles angoisses, » répondit Becky tourmentée peut-être par un secret remords.

Becky se sentait mal à l’aise en amassant mensonge sur mensonge en présence de tant de confiance et de simplicité ; tel est souvent le triste sort de ceux qui se sont écartés une seule fois du sentier de la vérité. Une première fausseté en entraîne une autre, et l’on roule ainsi de faussetés en faussetés avec la crainte de voir à la fin tant d’impostures découvertes.

« Mes tortures, continua Becky, ont été épouvantables lorsqu’on m’a arraché mon fils. (Il est à regretter qu’à ce moment un cliquetis de la bouteille ne soit pas venu mêler ses gémissements aux siens.) J’ai failli en mourir ; j’ai eu une congestion cérébrale, et mon docteur m’avait condamnée ; hélas ! si j’en ai réchappé, c’était pour me trouver dans l’indigence et le délaissement.

— Quel âge a-t-il ? demanda Emmy.

— Onze ans, répondit l’autre.

— Onze ans ! reprit la mère de George toute surprise ; mais il est de l’âge de Georgy, qui a…

— Ah ! c’est pourtant vrai, s’écria Becky qui avait parfaitement oublié toutes les particularités de l’âge du petit Rawdon. Si vous saviez comme le chagrin a bouleversé ma pauvre tête, chère Amélia ! Ah, je ne suis plus la même. Il y a des moments où je ne me souviens plus de rien. Rawdy avait onze ans lorsqu’on me l’a enlevé ; il était joli comme un ange. Mon Dieu ! ayez pitié de moi, je ne le reverrai donc plus ?

— Était-il blond ou brun ? demanda cette petite niaise d’Emmy. Vous devez avoir conservé de ses cheveux ; montrez-les moi, je vous prie. »

Becky eut presque un sourire pour tant de simplicité.

« Un autre jour, chère amie, quand mes bagages seront arrivés de Leipsick que j’ai quitté pour venir ici. J’ai aussi son portrait en médaillon ; je l’avais fait faire hélas ! dans des temps plus heureux.

— Pauvre Becky ! disait Emmy, combien je dois être reconnaissante envers Dieu ! Et elle se laissa aller à ses réflexions ordinaires sur la beauté, l’esprit, les qualités de son fils qui n’