Page:Thackeray - La Foire aux Vanites 2.djvu/438

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


« Par mon âme, c’est mon portrait, » s’écria Jos en apercevant la toile que Becky lui mettait sous les yeux.

En effet, c’était bien lui, tout épanoui de jeunesse et de beauté, et portant une jaquette de nankin à la mode de 1804. C’était le même tableau qui avait jadis orné les murs de Russell-Square.

« Je l’ai acheté, dit Becky d’une voix toute tremblante d’émotion, un jour où j’étais allée voir comment je pourrais rendre quelque service à mes bons et excellents amis. Depuis il ne m’a jamais quittée et ne me quittera jamais.

— En vérité, s’écria Jos dans un ravissement inexprimable, en vérité, serait-ce à cause de moi que vous y attachez tant de prix ?

— Hélas ! dit Becky, vous le savez aussi bien que moi ; mais à quoi bon tous ces regrets, ces souvenirs, ces paroles ? il est trop tard maintenant. »

Cette conversation avait enivré Jos d’une félicité ineffable. Emmy rentra souffrante et fatiguée, et, se retirant dans sa chambre pour se coucher, elle laissa Jos et sa charmante compagne continuer leur délicieux tête-à-tête. Toutefois, trop agitée pour fermer l’œil, elle put entendre de la chambre voisine Rebecca chanter à Jos des romances de 1815 ; et, chose qu’on aura peine à croire, c’est que Jos fut, comme Amélia, tourmenté par l’insomnie.

On se trouvait alors au mois de juin, la saison du luxe et de l’élégance pour cette bonne cité de Londres. Jos, qui n’aurait pas omis un seul jour de lire les merveilleuses colonnes du Galignani, cette excellente feuille qui rend la patrie au voyageur exilé sur la terre étrangère, Jos, disons-nous, gratifiait ses deux compagnes, pendant le déjeuner, des passages les plus saillants de cette feuille. Ce journal donne, entre autres choses, un aperçu hebdomadaire des mouvements qui se font dans l’armée, et cette partie intéressait fort un homme qui avait joué, comme Jos, un rôle si important dans le service actif. Il lut donc un jour la nouvelle suivante :

« ARRIVÉE DU ***e RÉGIMENT.

« Gravesend, le 20 juin.

« Le Ramchander, appartenant à la Compagnie des Indes-Orientales, est entré ce matin dans le port, ramenant en Angleterre