Page:Tharaud - Dingley.djvu/127

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réverbération des sables. Alors il s’ébrouait librement dans le monde comme un poulain lâché dans un champ. Bêtes, hommes, villes, océans, déserts étaient du pillage pour ses yeux. Jamais il ne laissait derrière lui un regret, un amour, une part de son cœur. Sournoisement, une sorte de balance s’établissait dans sa pensée entre ce que l’amour lui avait donné et ce qu’il lui avait pris. Sa femme d’abord, son fils ensuite avaient conspiré à réduire chaque jour son horizon. Dans ce bonheur familial et ces tendres intimités, sa vie avait perdu son éclat aventureux.

Pour chasser ces pensées pénibles, il eut recours à un moyen qui lui avait fourni souvent des traits d’une exactitude imprévue. Il choisissait autour de lui un objet, le considérait longuement et cherchait le mot ou l’image qui rendrait son apparence sensible. Cette fois il s’ingénia à démêler les figures enchevêtrées des ombres sur le sol tout diamanté d’une poussière de charbon.

Jeux fiévreux pour tromper l’attente et