Page:Tharaud - Dingley.djvu/129

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retenait interminablement le regard, comme si elle ne devait plus disparaître. Cette terre que le romancier parcourait depuis des semaines, semblait s’être réservé le jour où il était malheureux pour lui découvrir sans voile l’horreur de sa désolation.

Parfois, en pleine campagne on stoppait. Pourquoi s’arrêter là ? Impossible de le deviner. L’ennemi avait-il coupé les rails ? Hier encore, Dingley se fût réjoui d’assister à l’attaque d’un convoi ; aujourd’hui, on n’aurait pas trouvé, sur tous les trains qui roulaient par le monde, un plus inquiet voyageur.

Il s’était enfin endormi sur une espèce de chaise longue qu’on avait disposée pour lui entre des caisses de munitions, lorsque des bruits confus de voix et le piétinement d’une troupe le tirèrent de son sommeil.

La machine était arrêtée. Une nuit constellée d’étoiles étincelait sur le Veld. Au bord du remblai des soldats se partageaient des cartouches ; un homme, la chemise ouverte, était étendu à terre ; près