Page:Tharaud - Dingley.djvu/164

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


confuses, toutes baignées de mystère, et il retournait bientôt à sa morne indifférence.

Pour la première fois de sa vie, du plus loin, du plus inconnu de son esprit sortaient ces mots : À quoi bon ? À quoi bon avoir tant dit que la vie humaine était chose abondante et vile, une denrée sans valeur, pour s’apercevoir un jour qu’elle est d’un inestimable prix ? À quoi bon être apparu comme un sonneur de trompette, un excitateur d’énergie, pour se montrer aujourd’hui si misérable et si lâche ? À quoi bon cet immense Empire, cette gigantesque machine, si le moindre grain de sable suffisait à l’arrêter ? Trente mille morts, trois cent mille hommes pour réduire quelques bergers ! Les soldats ne savaient rien ; les officiers ne savaient rien, rien que marquer des points au football et, au besoin, mourir en beauté. L’armée, qu’on avait cru si forte, n’était qu’un outil hors d’usage à jeter au bric-à-brac. Et il allait falloir le dire ! faire des campagnes dans les journaux, montrer au pays le faible de ce qu’il avait admiré, agiter encore