Page:Tharaud - Dingley.djvu/188

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que les signaux du télégraphe liaient tous les mouvements de ses membres disjoints, et qu’elle évoluait d’une seule pièce comme un monstre intelligent. Et il savait aussi que sur les Sept Océans erraient des escadres pareilles, chiens de garde, dogues de l’Empire, qui imposaient à l’Univers le respect du plus humble citoyen anglais. Impossible de rassembler plus de puissance matérielle et d’énergie morale dans un espace plus étroit. Mais ce qui dans sa contemplation exaltait surtout son orgueil, c’est qu’il était assuré qu’un jour, à l’appel de son désir, se présenteraient les images par lesquelles il rendrait sensible, aux yeux des terriens qui le liraient au fond d’une campagne ou bien dans un faubourg, la sublimité d’un tel spectacle. Il montrerait les mers tendues comme un métier de tisserand où les navires filaient, pareils à des navettes tissant la trame de l’Empire, et les flottes de guerre, bulles de volonté et de puissance humaine affleurant à la surface des eaux. À de tels récits, ses compatriotes vibreraient comme