Page:Tharaud - Dingley.djvu/19

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de trembler, sans qu’elle articulât un mot, lui donnaient un air peureux, stupide et bon de mère lapine.

Pour Dingley — sans qu’il eût pu dire d’où lui venait ce sentiment — il ne faisait pas de doute que le nom de Crook (James) figurerait un jour au tableau. Et en effet il vit, un soir, le nom de James Crook affiché. La petite vieille était là. Dingley s’effaça dans un coin.

« Crook ?… il est mort ! » dit l’inconnu auquel elle avait demandé avec son humilité ordinaire : « James Crook ? Crook, n’est-ce pas ? Crook James ?… » Ses lèvres s’agitèrent plus vite, mais pas un mot n’en sortit. Elle laissa retomber ses bras dans un geste de lassitude infinie ; son châle vert se déroula, et pour la première fois Dingley aperçut ses mains, de pauvres mains, mais de belles mains.

Il suivit pendant quelque temps la pitoyable inconnue, qui s’en allait vacillant et titubant devant lui, coudoyée, brutalisée par tous les gens qui passaient. Elle était pourtant précieuse, cette douleur ignorée !