Page:Tharaud - Dingley.djvu/26

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énumérait ses campagnes. À l’en croire, il s’était battu partout : sur les pentes de l’Himalaya, contre les Afridis féroces qui vous ouvrent le ventre d’un coup avec leurs larges couteaux ; dans la haute vallée du Nil, contre les nègres du Mahdi, et dans les forêts traîtresses où se réfugie le Birman. L’alcool arrosait ses conquêtes. À chacun de ses exploits, il levait son verre à la Reine :

— Allons, mes enfants, à la Reine ! Encore une dent creuse de whiskey !

Le romancier l’écoutait non sans plaisir et contemplait avec admiration, sous la table, les larges pieds de ce gaillard qui avait arpenté l’Empire. Soudain la porte s’entrouvrit, et Dingley vit se glisser dans le bar un homme, un grand enfant plutôt, rachitique, fané, le troisième héros. Son faux col avait les tons dégradés d’un tuyau de vieille pipe, et ses yeux l’éclat brouillé de ces pierres de lune que l’on porte en breloque et qui se ternissent à l’usage. Il laissa glisser son regard vers le sergent recruteur,