Page:Tharaud - Dingley.djvu/28

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santé. Dans l’atmosphère de ce bouge, Dingley se sentait à cette heure le frère de ces tristes voyous, humbles moyens d’une grande œuvre. L’arbre de l’Empire s’enracinait dans leur misère et leur ivresse. Et le thème du roman, qu’il cherchait depuis des semaines, bondit soudain dans son esprit, comme en été le soleil à l’horizon d’une plaine : l’histoire d’un voyou de Londres régénéré par la guerre. Il ne voyait, n’entendait plus rien. Aube des œuvres, instants suprêmes, plus chargés de volupté que les minutes d’amour !

Sa pipe s’éteignit dans sa main. L’horloge du bar sonnait sept heures. Déjà deux des recrues dormaient les poings sur la table. Le racoleur les réveilla pour leur faire signer un papier qu’il tira de la doublure de sa veste. On but une dernière rasade. Les cockneys et le sergent sortirent silencieusement du bar. Dingley siffla un cab qui passait et se fit reconduire chez lui.