Page:Tharaud - Dingley.djvu/45

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des cavaliers de De Wett et de Botha.

Il était romancier et plus encore un coureur de périls. À un reporter américain qui l’interrogeait sur ses goûts, il avait un jour répondu qu’il y avait en lui 0,4 d’artiste et 0,6 de l’homme d’aventures. Et il se plaisait encore à dire que si une fée voulait lui offrir un présent, il lui demanderait le pouvoir de se transporter, à chaque minute de sa vie, sur le point du monde où se passait l’action la plus dramatique.

— Vous êtes incompréhensible, lui disait Mistress Dingley qui ne prenait pas son parti de cette curiosité inhumaine. La douleur d’un chien écrasé par un cab vous arrache un cri, et celle des hommes vous attire.

C’est que la passion du pittoresque anesthésiait en lui la pitié. Il avait visité dans l’Inde des villages affamés, et le soir d’Omdurman, le champ de bataille jonché par les cadavres de quelques milliers de derviches. Volontiers il se rappelait ces spectacles comme les plus émouvants qu’il eût jamais