Page:Tharaud - Dingley.djvu/54

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dans leurs fauteuils, fumant leurs pipes de bruyère, dans le calme des belles nuits le reporter et Dingley se rappelaient tant de souvenirs qui leur faisaient battre le cœur, tant d’étapes parcourues ensemble, tant d’amis d’autrefois qui dormaient leur dernier sommeil, l’un au pied d’un kopje du Veld, l’autre dans les boues du Haut Nil, celui-ci près d’une pagode dans une rizière d’Orient, celui-là dans le désert de Lybie, sous un petit tas de cailloux, au bord d’une piste de chameaux, et cet autre confortablement installé, pour un bail à long terme, dans son petit cimetière du Wessex.

Parfois un journaliste français se mêlait à leur causerie. Sa facile émotion gasconne avait le don d’exciter la verve caustique de Dingley.

— Voyez-vous, lui disait-il avec cet humour britannique qui tire toute sa drôlerie de la simple constatation des faits, on nous calomnie chez vous. Nous ne sommes pas des conquérants, des Attila, des Gengis-Khan. Nous sommes les aménageurs de la