Page:Theodore Pavie - Histoire des trois royaumes vol 2, Duprat, 1851.djvu/237

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est plus pénible encore ! Toute affaire a des précédents et des conséquences ; je dois retourner près de mon premier maître. Si je ne me suis pas encore acquitté envers vous, je suis prêt un jour à donner ma vie pour payer l’excédent de cette dette. Telle est ma pensée ! »

« Cette lettre, je l’écris tout exprès pour prendre congé ; de grâce, comprenez clairement les sentiments qu’elle exprime. — Au septième mois, saison d’automne de la cinquième année Kien-Ngan, Yun-Tchang votre serviteur a tracé cette requête ! »

Après avoir écrit ces lignes, Yun-Tchang mit son enveloppe et cacheta tout ce qu’il avait reçu (pour lui et pour les femmes de son frère adoptif) de présents en or et en argent, en étoffes et en vases précieux ; puis il suspendit le sceau de sa principauté dans la grande salle[1], fit monter en plein jour les deux dames dans le petit char qu’entourèrent ses fidèles vétérans au nombre de vingt, et envoya un de ses gens porter à Tsao sa lettre d’adieux. Monté sur le Lièvre-Rouge, tenant en main son cimeterre recourbé (le dragon vert), il se plaça auprès de la voiture qui renfermait les deux femmes de son frère, puis sortit de la capitale par la porte du nord. Les gardes firent mine de l’arrêter ; mais roulant des yeux pleins de colère, agitant son grand sabre, le héros cria d’une telle voix que ceux-ci se retirèrent au plus vite.

À peine était-il hors des murs, qu’il appela les gens de sa suite, et leur recommanda de prendre les devants avec le char, se réservant le soin d’arrêter ceux qui pourraient se mettre à leur poursuite. « Surtout, disait-il, gardez-vous d’effrayer les deux dames ! » Les vétérans suivirent donc la grande route, serrés autour de la voiture.

Cependant Tsao discutait avec ses conseillers sur le départ imminent du héros, sans savoir à quel parti s’arrêter, quand les gens de son hôtel lui remirent la lettre (que nous connaissons). Il la lut et s’écria tout épouvanté : « Il est parti !.. » Et les gardes de

  1. La grande édition se sert du mot kou (Basile, 2,524), qui signifie magasin, trésor ; le mandchou emploie ce même mot ; dans la petite édition, on lit Tang (Basile, 1,633), grande salle.