Page:Thomas - Gustave ou Un héros Canadien, 1901.djvu/225

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gustave

garde, en fit autant, et quelques minutes plus tard, tout le monde était couché.

Le repos cependant ne fut pas de longue durée ; deux heures ne s’étaient pas écoulées, que tous sont réveillés en sursaut par des cris et des hurlements venant de la direction des rochers.

On court aux armes, et les hommes se précipitent hors des tentes ; alors un spectacle des plus terrifiants se présente à leurs regards.

Autour d’un grand feu allumé, sautent, dansent, hurlent et menacent avec leurs bras, des êtres qui, par leurs chevelures longues et hérissées, leurs corps nus et bariolés de mille couleurs, leurs figures hideuses, leurs hurlements féroces, ressemblent plutôt à des démons qu’à des hommes ; et pour ajouter à ce spectacle propre à glacer le cœur du plus brave, la clarté de ce feu répand une lueur sinistre sur les hauts rochers, et les font paraître comme autant de spectres monstres surgis du sein de la terre.

Les femmes et les enfants sortent à leur tour, et tous les yeux restent fixés sur ce spectacle ; chacun est comme pétrifié par la frayeur, on se croit en face des régions infernales.

— L’enfer et ses démons, s’écrie-t-on de toutes parts.

À la frayeur succède un désir de vengeance ; mais une pensée éloigne ce désir, et fait comprendre que ces êtres avides de sang et de carnage sont des hommes créés à l’image de Dieu, qu’ils ont une âme, et que, dans leur ignorance, ils ne connaissent pas mieux.

—Ces cris et ces menaces, dit le capitaine, sont pour nous avertir qu’ils veulent se venger, parce que nous avons tué trois des leurs. Nous avons besoin de les veiller de près.

Les sauvages continuèrent leur orgie tout le reste de la nuit, et ne s’éloignèrent qu’à l’aurore.

Alors la caravane se prépare à continuer sa route.

Gustave, après s’être entendu avec le second capi-