finalement l’emporte sur le magister. C’est que la maîtrise à laquelle il tend est autre que celle de l’habitude ou de la norme reçue : elle est empire sur soi. Qu’Aschenbach succombe à l’amour et à la peste, il n’importe : Mann repart pour une nouvelle incarnation, il consent une nouvelle fois à l’erreur que Gœthe proclamait féconde ; il a lui aussi ce don du ciel d’en tirer une connaissance neuve.
Le drame qui bouleverse Aschenbach ne tient d’ailleurs pas seulement à l’opposition de l’artiste et du bourgeois en un individu. L’esprit artiste lui-même est fait d’oppositions ; un premier pas conduit à les constater ; en est-il un autre qui permette de les résoudre ? Là est le problème de La Mort à Venise.
Thomas Mann a fait le premier pas. Avec un bonheur d’analyse rare dans un pays où l’on pensait alors sur le mode lyrique, il a donné à l’Allemagne un roman psychologique d’incontestable valeur documentaire. Le type d’Aschenbach nous intéresse parce qu’il est à la fois l’homme géné-