ral, abstrait, devant qui se posent éternellement les mêmes questions, et l’homme d’un temps, d’un milieu qui ont leur coloration particulière, leurs angoisses passagères. Si l’on y regarde bien on voit s’opposer en lui à peu près toutes les formes entre lesquelles notre vie intérieure hésite et se partage ; nous ne choisissons, nous n’excluons que par un coup de violence et au prix d’un appauvrissement. Mais Aschenbach est de ceux qui prétendent ne pas s’appauvrir. Et le voilà pris entre des pôles qui se le renvoient, comme la balle de sureau entre des électricités contraires. Les forces obscures de l’âme se soulèvent contre les voix claires ; la volonté de se contenir n’arrive point à les réduire, et sur la surface unie d’une mer apollinienne revient sans cesse courir le frémissement du tumulte dionysien. Le démoniaque toujours bat en brèche quelque coin de la religion et de la morale. La passion fait chanceler la raison. Un incoercible élan dissout et entraîne dans son flot le dépôt de nos civilisations ; nos mécanismes, nos pétrifica-
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LA MORT À VENISE