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Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/12

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LA MORT À VENISE

tions ne résistent pas à la vie. Et pour l’artiste comme pour le moraliste, il faut choisir entre ce qui est arrêté et ce qui est fluide. Tout dynamisme est révolutionnaire ; c’est par là qu’il fait peur — peur à l’artiste lui-même, si à travers sa révolution il n’entrevoit une construction ; peur au public tant que la construction n’est pas achevée, qu’elle n’est pas entrée dans l’ordonnance du passé et reliée à l’édifice du classicisme qui se prolonge.

Gustav Aschenbach connaît les déchirements que provoquent tous ces éléments en lutte, mais il les connaît à la façon d’un Allemand de 1913 et voilà ce qui rend sa figure bien curieuse pour nous. L’auteur de Faust, celui de Zarathustra, nous avaient dans leurs héros montré aux prises le clair et l’obscur, l’apollinien et le dionysien, le classique et le romantique, le plastique et le musical, l’ordre méditerranéen et le démonisme germanique. Personne encore n’avait raconté l’aventure intime d’un Allemand de notre temps. Que Thomas Mann l’ait ou non voulu, son Aschen-