d’euphorie une autre perfection : ruinée sa vie passagère, il jouit de l’instinct profond qui l’entraînait vers la beauté ; c’est elle, vraiment, qui est divine, et il la faut aller chercher par delà le rivage que l’œil atteint, dans cette ombre palpitant de promesses inconnues vers laquelle Phaidros l’entraîne.
Serait-ce forcer le sens de cette œuvre que d’y voir non seulement l’aventure d’un intellectuel allemand, mais celle de la pensée allemande elle-même qui a connu tour à tour les suffisances et les défaillances d’Aschenbach, et qui elle aussi tâche maintenant à dépasser les rives qui enserraient son horizon d’hier ? Thomas Mann sans doute ne songeait point à tout cela en écrivant La Mort à Venise en 1913. Mais que son œuvre prenne maintenant valeur de symbole, voilà qui témoigne d’une divination, celle précisément qui fait les très bons écrivains.