Aller au contenu

Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/16

La bibliothèque libre.
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
LA MORT À VENISE

par lequel Cicéron définit l’éloquence, et il n’avait pas trouvé dans la sieste le sommeil réparateur qui, la fatigue le prenant désormais toujours un peu plus vite, lui était devenu une quotidienne nécessité. Aussi avait-il aussitôt après le thé cherché le plein air, espérant que la promenade le remettrait d’aplomb et lui vaudrait une bonne soirée de travail.

On était au commencement de mai, et après des semaines d’un froid humide venait la surprise d’un faux été. L’« Englischer Garten », quoiqu’il ne fît encore que se parer de feuilles tendres, sentait l’orage comme au mois d’août, et Aschenbach l’avait trouvé aux abords de la ville plein de voitures et de piétons. Au restaurant de l’Aumeister où le conduisaient des allées de moins en moins fréquentées, Aschenbach avait un moment considéré l’animation populaire de la terrasse, au long de laquelle s’étaient arrêtés quelques fiacres et des équipages ; au coucher du soleil il était sorti du parc et revenait à travers la campagne ;