Aller au contenu

Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/17

La bibliothèque libre.
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
LA MORT À VENISE

comme il se sentait fatigué et que l’orage menaçait au-dessus de Fohring, il attendit au cimetière du Nord le tramway qui le ramènerait directement en ville.

Il se trouva qu’il n’y avait personne à la station ni aux alentours. Pas un véhicule sur la chaussée de Fohring ni dans la rue d’Unger, dont le pavé et les rails luisants se perdaient dans la solitude. Derrière les palissades des entrepreneurs de monuments funéraires, les croix, les pierres tombales et les mausolées faisaient comme un autre cimetière, inhabité celui-là ; rien n’y bougeait, et en face la chapelle où l’on bénit les morts reposait en silence dans le reflet du jour à son déclin. Sur sa façade décorée de croix grecques et d’images hiératiques aux couleurs claires, s’ordonnaient en lettres d’or des inscriptions symétriques, des paroles de l’Écriture relatives à l’au-delà. — « Ils entreront dans la maison de Dieu » — « Qu’ils reçoivent la lumière éternelle » — et pendant ces minutes d’attente, Aschenbach avait