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Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/19

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LA MORT À VENISE

que l’on voit en Bavière. Son costume de sport de ton jaunâtre semblait être en loden ; du bras gauche appuyé à l’aine il tenait un manteau de pluie gris, et à la main droite un bâton ferré fiché en terre, à la poignée duquel il s’appuyait de la hanche en croisant les pieds l’un sur l’autre. Sa tête dressée dégageait de la chemise ouverte un cou long et sec où venait s’accuser la pomme d’Adam ; de ses yeux sans couleur, ombrés de cils roux et barrés verticalement de deux plis énergiques qui s’accordaient curieusement au nez retroussé, il fouillait l’horizon. Ainsi ― et peut-être ne paraissait-il si altier que parce qu’il était posté en haut des marches — son attitude avait quelque chose d’impérieux, de dominateur, d’audacieux, et même de farouche ; car, soit qu’il grimaçât parce que le soleil couchant l’éblouissait, soit qu’il s’agît d’une déformation permanente des traits, ses lèvres, qui semblaient trop courtes, découvraient entièrement des dents lon-