mettre au point. Son intention était avant de se rendre à la campagne de conduire jusqu’à un endroit déterminé l’œuvre à laquelle il vouait sa vie ; l’idée d’une randonnée lointaine qui le distrairait de sa tâche des mois durant semblait trop frivole et contraire à son dessein, il ne s’y fallait point arrêter. Et pourtant il ne savait que trop pourquoi il avait ainsi été pris à l’improviste. Impulsif besoin de fuir ; telle était, qu’il se l’avouât, cette nostalgie du lointain, du nouveau, tel cet avide désir de se sentir libre, de jeter le fardeau, d’oublier — besoin d’échapper à son œuvre, au lieu où chaque jour il la servait d’un cœur inflexible, avec une passion froide. Son service, en vérité, il l’aimait, et déjà presque il aimait la lutte énervante et chaque jour renouvelée de sa volonté tenace, fière, éprouvée, contre une lassitude croissante que tous devaient ignorer et qu’aucun fléchissement, aucun signe de laisser-aller dans sa production ne devaient trahir. Mais il paraissait rai-
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LA MORT À VENISE