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Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/29

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LA MORT À VENISE

lèle avec le traité Du naïf et du sentimental, de Schiller — Aschenbach donc était né à L., chef-lieu d’un district de Silésie où son père occupait un haut emploi dans la magistrature. Ses ancêtres, officiers, magistrats, administrateurs, avaient mené au service du roi et de l’État une existence compassée, digne, médiocre. Ce qu’il y avait en eux de spiritualité s’était un jour incarné en la personne d’un prédicateur. À la génération précédente la mère de l’écrivain, fille d’un maître de chapelle tchèque, avait introduit dans la famille un sang plus chaud. C’était d’elle qu’il tenait les traits de race étrangère que l’on remarquait en sa personne. L’alliance d’une conscience professionnelle austère et de troubles, d’impulsives ardeurs, avait fait de lui un et cet artiste.

Toute sa personne suspendue à l’idée de gloire, sans qu’il fût vraiment précoce, de bonne heure il parut à son ton décidé, personnel et prenant qu’il agirait avec succès sur un public. À peine