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Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/30

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LA MORT À VENISE

échappé au collège il se faisait un nom. Dix ans plus tard il avait, en se tenant dans son cabinet de travail, appris à jouer au personnage, à administrer sa célébrité, à répondre aux lettres en formules qu’il fallait brèves — tant se sentent harcelés ceux qui réussissent et inspirent confiance — sans cesser d’être aimables et expressives. À quarante ans, alors que le labeur accidenté de l’écrivain lui coûtait un effort, il devait tenir à jour un courrier qui portait les timbres de tous les pays du monde.

À égale distance de l’excentrique et du banal son talent était de nature à lui attirer à la fois les suffrages du grand public et cette admiration des connaisseurs qui oblige l’artiste. Aussi s’était-il dès ses débuts trouvé tenu de répondre à toutes les attentes, même les plus hautes, et il n’avait pas connu le loisir, l’insouciant abandon des vingt ans. À trente-cinq ans il tomba malade à Vienne, et comme on parlait de lui dans le monde, quelqu’un finement fit cette remarque :