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Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/33

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LA MORT À VENISE

fallait-il point excuser — leur erreur étant d’ailleurs le signe certain de sa victoire morale — ceux qui ne le connaissant pas prenaient le cosmos de sa Maïa ou les fresques de la Vie épique de Frédéric le Grand pour des œuvres venues d’un jet, alors qu’elles avaient été bâties à petites journées, qu’elles n’avaient monté si haut qu’à coups d’inspiration mille fois répétés, et qu’elles n’excellaient tant, n’étaient si parfaites dans l’ensemble et en chaque détail, que parce que l’auteur, avec une volonté et une ténacité comparables à celle du conquérant de sa natale Silésie, s’était pendant des années tenu à la même œuvre, lui consacrant à l’exclusion de tout le reste des heures où lui venaient la force et la grâce.

Pour qu’une œuvre de haute intellectualité agisse immédiatement et profondément sur le grand public, il faut qu’il y ait secrète parenté — voire même identité entre le destin personnel de l’auteur et le destin anonyme de sa géné-