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Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/34

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LA MORT À VENISE

ration. Les contemporains ne savent pas pourquoi ils acclament une œuvre d’art. Connaisseurs ? Non. Ils n’y veulent découvrir tant de qualités que pour justifier leur faveur ; au fond, elle tient à des impondérables, elle est sympathie. Dans un de ses livres Aschenbach avait glissé cette remarque que presque toute grandeur existante existe en vertu d’un « Quand même ! », à la façon d’un défi jeté aux mille empêchements que constituent chagrin, tourment, pauvreté, abandon, fragilité, vice, passion. Plus qu’une remarque, c’était une expérience, la formule même de sa vie, de son succès, la clé de son œuvre ; quoi d’étonnant dès lors à ce que ce fût aussi attitude et trait profond de ses personnages les plus significatifs ?

De ce héros d’une espèce nouvelle qui s’incarnait tour à tour dans chacune des figures favorites du romancier, un pénétrant analyste avait tout de suite remarqué qu’il représentait un type intellectuel et viril d’adolescent retranché