au pied de la croix, à ses pieds, tout un peuple présomptueux ; cet autre encore qui se tient, souriant, au service d’une forme austère et vide ; et puis celui qu’épuise sa vie mensongère et dangereuse, que consument depuis sa naissance l’art et le besoin de faire des dupes : le spectacle de si complexes destins amène à se demander s’il a jamais existé d’autre héroïsme que celui de la faiblesse, ou si en tout cas ce type de héros n’est pas proprement celui de notre époque ? Gustav Aschenbach était le poète de tous ceux qui à la frange de l’épuisement travaillent, qui sont accablés, usés déjà, et tiennent debout encore, de ces moralistes de la prouesse qui, frêles de nature et manquant de facilité, réussissent, à coups de volonté et par une sage économie, à tirer d’eux pour un temps au moins des effets de grandeur. On en compte plus d’un ; ils sont les héros de notre époque. Et tous se reconnaissaient dans son œuvre, ils y trouvaient leur moi confirmé, lyriquement exalté, et lui sa-
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LA MORT À VENISE