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Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/38

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LA MORT À VENISE

le blé en herbe, profané des mystères, suspecté le talent, trahi l’art — et tandis que ses imaginations entretenaient, animaient, édifiaient des lecteurs qui aimaient son œuvre d’un amour naïf, un défaut de maturité lui avait fait tenir à la jeunesse suspendue à ses lèvres de cyniques propos sur la nature équivoque de l’art et des artistes.

Il est probable que chez l’homme de valeur et de quelque noblesse, rien ne s’émousse plus aisément, plus définitivement, que le goût de la connaissance qui pique, excite et laisse de l’amertume ; et il est certain que la sévère et mélancolique volonté des jeunes gens d’aller jusqu’au bout du savoir, pèse peu auprès de cette résolution profonde de l’âge viril où l’artiste devenu un maître dit non au savoir, l’écarte, le dépasse, tête haute, s’il est de nature à amoindrir la volonté, à décourager de l’action, ou même à ôter de sa grandeur à la passion. Qu’était son célèbre « Misérable » sinon une explosion de dégoût en face de l’indé-