de quinze jours après son arrivée dans l’île trompeuse, par un matin embué de vapeurs, un canot automobile le ramenait à toute vitesse dans le port de guerre et il n’atterrit que pour aussitôt traverser la passerelle qui le conduisit au pont mouillé du bateau prêt à appareiller pour Venise.
C’était un bateau de nationalité italienne, vétuste, noir et couvert de suie. Aussitôt qu’Aschenbach eut mis le pied sur le pont, un matelot bossu, malpropre, l’entraîna avec ces grimaces qui veulent être polies vers une cabine qui avait l’air d’une caverne avec son éclairage artificiel. Derrière une table, le chapeau sur l’oreille, un mégot aux lèvres, un homme à barbe de bouc et aux manières de directeur de cirque de province le reçut avec de nouvelles grimaces, prenant des airs dégagés pour inscrire les voyageurs et leur délivrer leur billet. — Venise ! répéta-t-il à la suite d’Aschenbach, en étendant le bras et en tournant sa plume dans la bourbe de l’encrier qu’il tenait