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Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/48

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LA MORT À VENISE

penché devant lui. — Venise, première ! voilà Monsieur ! Il traça des pattes de mouche, versa sur l’encre fraîche du sable bleu qu’il fit retomber dans une sébille de terre, fit de ses doigts jaunes et noueux un pli au papier et se remit à écrire. Tout en griffonnant il bavardait. « Vous allez à un bel endroit ! Ah ! Venise ! Quelle ville ! Quel charme pour ceux qui s’y connaissent ! et son passé — et ce qu’on y voit aujourd’hui — irrésistible ! » En un clin d’œil il encaissa et rendit la monnaie qu’avec le tour de main d’un croupier il fit glisser sur le drap taché de son bureau. « Amusez-vous bien, Monsieur, ajouta-t-il en faisant une révérence de théâtre. C’est un honneur pour moi de vous transporter… Messieurs ! et du bras levé il appelait les suivants comme si l’on eût fait queue à la porte, encore qu’il n’y eût là plus un seul client. Aschenbach retourna sur le pont.

Un coude sur le bastingage, il regarda la foule désœuvrée qui flânait sur le