quai en attendant de voir partir le bateau et les passagers du bord. Ceux de seconde classe étaient installés à l’avant sur des ballots et des caisses. Les voyageurs de première semblaient être des employés de magasin de Pola, un groupe de jeunes gens qui s’étaient entendus pour faire une excursion en Italie et que le voyage excitait. Ils en faisaient une grande affaire, s’étalaient, bavardaient, riaient, jouissaient d’eux-mêmes et de leurs poses avec fatuité, et se penchant par-dessus bord ils lançaient aux camarades qui, longeant la rue du port, se rendaient à leurs affaires la serviette sous le bras, des lazzi auxquels ceux-ci répondaient en menaçant du bout de la canne leurs amis en fugue. L’un des jeunes gens, un garçon à la voix pincharde qui portait avec une cravate rouge et un panama à courbe audacieuse un costume d’été jaune clair de coupe extravagante, se montrait particulièrement lancé. Mais l’ayant considéré de plus près Aschenbach constata avec horreur qu’il avait
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LA MORT À VENISE