steward en frac graisseux vint lui offrir ses services.
Le ciel était gris, le vent humide. On avait perdu de vue le port et les îles, et la côte disparut bientôt à l’horizon embué de vapeurs. La cheminée laissait retomber des noirées gonflées d’humidité sur le pont frais lavé qui ne voulait pas sécher. On n’était pas en route depuis une heure qu’il fallut déployer la tente, car il commençait à pleuvoir.
Enveloppé dans son manteau, le voyageur reposait, un livre sur ses genoux, et les heures passaient sans qu’il s’en aperçut. La pluie avait cessé ; on enleva la tente. L’horizon était parfaitement net. Alentour, sous la coupe grise du ciel, rien que la mer immense et déserte. Mais dans le vide, dans l’espace indivisé, nous perdons aussi la notion de la durée et notre esprit se noie dans la démesure. Ainsi allongé, Aschenbach voyait passer dans un rêve le vieux beau, l’homme au bouc de tout à l’heure, d’étranges silhouettes