de Pola dont la fibre patriotique vibrait sans doute un peu à cause des coups de clairon venus par-dessus l’eau du côté du jardin public, étaient montés sur le pont et, le vin d’Asti aidant, ils poussaient des hourras patriotiques en l’honneur des bersaglieri que l’on apercevait en face sur la place d’exercice. Mais c’était un spectacle répugnant de voir dans quel état s’était mis l’homme grimé en s’associant à ses juvéniles compagnons. Le vin que portait bien une robuste jeunesse avait monté à la tête du vieux dont l’ivresse était piteuse. Le regard chaviré, une cigarette entre ses doigts agités d’un tremblement, il titubait sur place, ballotté d’avant en arrière, d’arrière en avant, et gardait à grand’peine l’équilibre. Comme il n’aurait pas fait un pas sans choir, il se gardait d’avancer, et néanmoins lancé, il se livrait à des accès d’affligeante gaîté, attrapait par le bouton tous ceux qui s’approchaient de lui, leur tenait des propos sans suite, clignait de l’œil, pouf-
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LA MORT À VENISE