Aller au contenu

Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/62

La bibliothèque libre.
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
LA MORT À VENISE

lui, ni la coupe de son visage, ni sa moustache blonde et frisottante, ni son nez retroussé n’étaient d’un Italien. Quoique d’apparence plutôt chétive, au point de paraître peu fait pour son métier, il ramait avec énergie, se mettant tout entier à chaque coup de rame. Il arrivait que l’effort tirât en arrière ses lèvres qui en se retroussant découvraient les dents blanches. Fronçant ses sourcils roux et regardant de haut son client il répliqua d’un ton décidé et presque grossier :

— « Vous allez au Lido ? »

— « Sans doute, reprit Aschenbach. Mais je n’ai demandé la gondole que pour San Marco. Je prendrai ensuite le Vaporetto. »

— « Vous ne pouvez pas, Monsieur, prendre le Vaporetto. »

— « Et pourquoi ? »

— « Il ne transporte pas de bagages. »

C’était exact. Aschenbach s’en souvint. Il se tut. Mais ces manières rudes de l’homme, sa façon de le prendre de haut