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Page:Thomas Mann, la Mort à Venise, 1929.djvu/64

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LA MORT À VENISE

dolier assis derrière son dos. L’idée que l’homme pouvait en vouloir à sa vie lui effleura l’esprit comme dans un rêve ; mais jamais il n’arriverait à secouer sa torpeur, à se défendre. Cela le chagrinait plus encore de penser qu’il ne s’agissait peut-être que de lui soutirer de l’argent. Quelque chose comme un sentiment du devoir, une fierté ancienne et le déclenchement dans la mémoire de l’action nécessaire en pareil cas, le firent se reprendre assez pour demander :

— « Combien prenez-vous pour aller là-bas ? »

Le regard tourné au loin par-dessus la tête d’Aschenbach, le batelier dit :

— « Vous paierez. »

Une réponse à cette parole s’imposait. Aschenbach répliqua machinalement :

— « Pas du tout. Je ne paierai pas si vous me conduisez où je ne veux pas aller. »

— « Vous allez au Lido. »

— « Mais pas avec vous. »

— « Je conduis bien. »